La soumission chimique, c’est le fait de droguer une personne à son insu pour commettre un crime ou un délit contre elle. En France, l’enquête nationale de l’ANSM a recensé 1 056 signalements suspects en 2023. Depuis le 1er janvier 2026, dans trois régions, une victime peut faire analyser son sang, ses urines ou ses cheveux sans avoir porté plainte.
TL;DR : Soumission chimique = substance administrée à ton insu, dans un but criminel. En 2023, l’ANSM compte 1 056 signalements suspects, dont 104 cas vraisemblables ; 67 % des substances citées sont des médicaments. Droguer quelqu’un pour l’agresser sexuellement est puni de 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende. En Île-de-France, Hauts-de-France et Pays de la Loire, les analyses peuvent être prescrites sans plainte jusqu’à fin 2028. Le réflexe clé : consulter vite, car les substances s’éliminent en quelques heures.
Soumission chimique : la définition
La plateforme gouvernementale arretonslesviolences.gouv.fr définit la soumission chimique comme l’administration d’une substance psychoactive à l’insu des victimes ou sous la menace, à des fins criminelles. Elle la distingue de la vulnérabilité chimique : un état de fragilité lié à une consommation volontaire (alcool, drogue), dont un agresseur profite.
Dans le langage courant, on parle de « drogue du violeur ». L’enquête ANSM montre pourtant que le but n’est pas toujours sexuel (vols, violences) et que le cadre n’est pas toujours festif. Le procès des viols de Mazan et l’engagement de Caroline Darian, fondatrice de l’association #MendorsPas, ont fait du sujet un débat national. En décembre 2024, le gouvernement a lancé une campagne d’information dans les pharmacies avec le CRAFS, l’Ordre des pharmaciens et #MendorsPas.
Les chiffres de l’ANSM (enquête 2023)
Depuis 2003, le CEIP-A de Paris (centre d’addictovigilance) mène chaque année une enquête nationale pour l’ANSM. La dernière plaquette publiée porte sur 2023 (plaquette n° 19) :
| Indicateur (2023) | Chiffre |
|---|---|
| Signalements suspects | 1 056 |
| dont soumissions chimiques vraisemblables | 104 (10 %) |
| dont vulnérabilités chimiques | 305 (29 %) |
| dont soumissions chimiques possibles | 647 (61 %) |
| Signalements en Île-de-France | 48,7 % |
| Cadre festif (tous signalements) | 37,7 % |
| Signalements en août 2023 | 99 |
| Substances citées : médicaments psychoactifs | 67 % |
Parmi les 104 cas vraisemblables, 77,9 % des victimes sont des femmes, l’âge médian est de 26 ans et 51,1 % des faits sont des agressions sexuelles. Près d’une victime sur deux décrit une amnésie. La substance est donnée surtout dans un cadre privé (56,9 % chez les adultes), souvent par une personne connue (52,9 %), et chez les adultes la boisson alcoolisée reste le vecteur le plus suspecté (50 %).
Côté produits, les médicaments dominent : tramadol, diazépam et cétirizine arrivent en tête. La MDMA est, pour la troisième année consécutive, la substance la plus citée toutes catégories confondues. L’enquête précédente montre la dynamique : 1 229 cas retenus en 2022 contre 727 en 2021, et pour la première fois le cadre festif arrivait en tête des cas vraisemblables (rapport 2022). Aucun chiffre 2024 n’était publié au 23 septembre 2026.

Ce que dit la loi
L’article 222-30-1 du Code pénal, en vigueur depuis le 6 août 2018, punit le fait d’administrer à une personne, à son insu, une substance de nature à altérer son discernement ou le contrôle de ses actes afin de commettre un viol ou une agression sexuelle :
- 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende ;
- 7 ans et 100 000 euros si la victime a moins de 15 ans ou est particulièrement vulnérable.
Le délit existe même si l’agression n’a pas eu lieu. Les juridictions frappent fort quand elle a eu lieu : le 12 juin 2026, la cour criminelle du Rhône a condamné à quinze ans de réclusion un homme qui avait drogué et violé son épouse, selon franceinfo (presse).
Analyses sans plainte : l’expérimentation 2026–2028
C’est le changement le plus concret pour les victimes. Le décret n° 2025-1208 du 11 décembre 2025 organise une expérimentation de trois ans à partir du 1er janvier 2026 : l’Assurance maladie prend en charge les examens de biologie médicale qui recherchent une soumission chimique, sans dépôt de plainte préalable.
Ce qu’il faut savoir :
- Où ? Selon l’ARS Île-de-France (page du 8 avril 2026) : Île-de-France, Hauts-de-France et Pays de la Loire. Un arrêté du 27 juillet 2026 y ajoute la Guadeloupe à compter du 1er septembre 2026.
- Pour qui ? Toute personne qui pense avoir été victime, ou qui présente des signes cliniques.
- Comment ? Sur ordonnance d’un médecin exerçant dans ces territoires, qui mentionne le dispositif (service-public.fr). Le décret prévoit aussi la prescription par des infirmiers dans le cadre d’un protocole de coopération.
- Quelles analyses ? Sang, urines, cheveux.
- Et la plainte ? Elle reste possible à tout moment ; un « parcours patient » accompagne la victime si le résultat est positif.
Pourquoi c’est important : le temps efface les preuves. Le rapport ANSM 2022 indique une fenêtre de détection du GHB de 6 à 9 heures dans le sang et 10 à 12 heures dans les urines. La SFTA recommande des prélèvements de sang et d’urine dès la première consultation, puis des cheveux un mois après les faits ; elle rappelle qu’après 3 à 5 jours, le produit peut avoir disparu du sang et des urines. Elle conseille aussi de faire analyser, quand c’est possible, le fond du verre ou la bouteille.
Toutes les étapes, minute par minute, sont dans notre guide victime ou témoin : que faire dans l’heure qui suit.
Prévenir : vigilance, protection du verre, test
L’ANSM cite la vigilance solidaire comme facteur de protection : ne pas perdre ses amis de vue, et un personnel de sécurité qui intervient. Couvrir ton verre, commander toi-même et ne pas accepter un verre déjà ouvert restent les bases.
Une bandelette de test ajoute une vérification avant de boire, pour les substances qu’elle cible. Elle ne remplace ni la vigilance, ni une analyse médicale : un résultat négatif n’est pas une garantie, et les médicaments sédatifs, les plus fréquents dans l’enquête ANSM, ne font pas partie des six substances vérifiées par DrinkCheck. On explique tout, y compris les critiques des autorités, dans Tester son verre : ce qu’un test peut faire (et ce qu’il ne peut pas).
L’essentiel
- Définition : une substance psychoactive administrée à ton insu, dans un but criminel.
- Chiffres : 1 056 signalements suspects en 2023, dont 104 vraisemblables ; 67 % des substances citées sont des médicaments.
- Loi : 5 ans et 75 000 euros (article 222-30-1 du Code pénal), 7 ans et 100 000 euros pour une victime mineure de 15 ans ou vulnérable.
- Analyses sans plainte : en Île-de-France, Hauts-de-France, Pays de la Loire et Guadeloupe, jusqu’à fin 2028, sur ordonnance.
- Réflexe : consulter vite, garder le verre si possible, demander des prélèvements.
Pour vérifier un verre qui te paraît suspect avant d’y toucher, la bandelette de test DrinkCheck donne une lecture en une quinzaine de secondes sur six substances. Voir la bandelette DrinkCheck.
Correction du 23 septembre 2026 : article entièrement réécrit. Une version précédente datait l’entrée de la Guadeloupe dans l’expérimentation de juin 2026 ; l’arrêté du 27 juillet 2026 la fixe au 1er septembre 2026. La mention d’un remboursement « à 100 % » a été retirée faute de texte officiel consultable. Les fenêtres de détection s’appuient désormais sur le rapport ANSM 2022 et la recommandation SFTA 2024.
Cet article informe et ne remplace pas un avis médical ou juridique. En cas d’urgence, appelle le 15, le 17 ou le 112. Sources consultées le 23 septembre 2026.